Conférence de Bernard Stiegler au collège international de philosophie
Bernard Stiegler, philosophe marxiste, a tenu une conference sur le thème de l’économie politique en en faisant sa critique. Car pour Stiegler il est temps pour tous les corps de la société de se saisir de l’économie comme mode d’échange humain, et donc ayant une place centrale dans la vie de notre cité (polis – et donc a proprement parlé politique).
En tant que Marxiste il porte une attention forte aux rapports de l’Homme et de l’industrie puis de la machine. Suivant son analyse, le prolétaire n’est pas uniquement l’ouvrier ou le détenteur de peu de capital culturel, mais celui qui accepte de voir sa connaissance, son savoir, exporté, intériorisé dans une machine. Le prolétaire n’est plus alors que celui qui “active” les mécanisme de la machine. Sans savoir, donc sans mémoire. Aujourd’hui et suivant cette définition, le prolétaire est aussi le cadre supérieur ou tout travailleur qui accepte de remettre sa mémoire à un mécanisme machinique centralisée.
Mais la société de consommation est aussi celle qui étend ce principe à tout à chacun, aux utilisateurs via les tecnologies. Selon Stiegler notre société est donc en train de créer une société de prolétaire sans mémoire.
En ce qui nous concerne, cette discussion fait écho à un précédent billet sur l’intelligence artificiel. L’ingénieur est en effet entièrement tourné vers la valorisation de la machine pour reproduire une sorte d’intelligence humaine grâce à des algorithmes de plus en plus perfectionnés. Cela créé de plus en plus une mémoire externe qui vient trier le flux d’information continuel dont nous disposons. Mais cette “hypermnésie” des objets techniques s’accompagne de fait d’une hypomnésie de l’utilisateur, voir d’une amnésie ! On tente alors de repositionner les compétences humaines sur la gestion de l’information, la capacité de décision, et non plus sur la connaissance brut. Pour autant, ce n’est rien de moins qu’une prolétarisation de l’usager si l’on en croit Bernard Stiegler, une déshumanisation progressive, une perte de conscience générale…
Afin de garder une démarche éthique et éclairer, il me semble que nous pouvons lutter au quotidien en tant que chercheur en application contre ce tout technologique. Pour cela, ne déportons pas trop la connaissance humaine dans des objets, mais essayons plutôt de fournir des outils de contrôle et de visualisation à nos utilisateurs. Ils garderont ainsi leur pouvoir de choisir ainsi que leur humanité.
